[Témoignage] Pour que l’école soit une chance pour tous

« Lundi 24 avril, jour de rentrée des classes après les vacances de printemps, je reprenais le chemin du travail un peu émue encore de ce résultat du premier tour des élections présidentielles. Une émotion teintée de doute, heureuse bien sûr que le candidat que je soutiens, pour lequel je milite depuis plusieurs mois, ait passé la barre en tête et inquiète aussi, parce que la bête immonde fait son chemin sans que cela n’étonne plus personne. Je méditais là-dessus quand ma collègue, blême, m’arrêtait sous la devise républicaine  en me barrant l’accès à l’école. Nous ne pouvions pas monter dans nos classes car celles-ci avaient été retournées, dévastées, intégralement vandalisées.

Photo Nolwenn
Nolwenn Vahé, 36 ans est titulaire d’un doctorat de chimie appliqué à l’environnement et a travaillé 6 ans dans le secteur privé comme cadre supérieure avant d’opérer une reconversion vers le métier de professeur des écoles. Nolwenn est aussi la maman de 3 enfants et famille d’accueil du secours populaire

La police était en route pour prendre des empreintes qu’il ne fallait pas abîmer. Nous étions là, adultes que nous sommes, des larmes dans les yeux devant le désastre et oscillant entre désarroi et colère. Nous avons accueilli les enfants et comme il faisait beau, pour les amener loin du chaos, nous avons marché ensemble le long des halages pour une leçon de choses, un peu comme autrefois.

Puis vint le soir, l’article dans Ouest-France (http://www.ouest-france.fr/bretagne/saint-malo-35400/tinteniac-vandalisme-dans-deux-ecoles-et-la-maison-de-l-enfance-4947753), immédiatement récupéré sur les réseaux sociaux par les community managers du FN au son de « Pauvre France»  et« Dehors la racaille » ou l’abject « Avec Marine, ça n’arriverait pas. ». Je répondais alors que nous ne savions rien des auteurs des faits, que c’était de la récupération, de l’interprétation, du mensonge par ignorance. Eux de me répondre: qu’en savais-je? Et moi de leur dire: probablement plus que vous, car la classe sur la photo, c’est celle de mes élèves et de moi-même. Et puis le post a disparu dans les méandres des réseaux sociaux, je ne l’ai plus revu et j’espère qu’il n’a pas fait son chemin sur la rivière sinueuse de l’intox et de la désinformation.

Nous ne savions pas lundi et nous avons su mercredi. Nous avons su que les auteurs des faits sont « bien de chez nous ». L’un en particulier que nous connaissons bien, qui traîne son âme en peine aux abords de l’école, qui joue après la classe avec les enfants, qui leur fait peur aussi parfois et dont nous surveillons de loin les agissements parce que la commune est petite et que nous savons bien… Nous savons bien que c’est un grand enfant blessé, un grand enfant trimbalé de familles d’accueil en centres d’urgence, un grand enfant à qui l’on n’a pas appris à lire, à s’élever, à se tenir la tête haute. C’est un enfant qui est trop vieux maintenant pour réparer tous ses dégâts. Nous savons aussi que des frontières fermées n’y auraient rien changé et qu’il n’y a pas de solution simple ou catégorique qui puisse répondre à sa situation à lui.

Et c’est parce que je n’accepte pas des réponses simplistes aux enjeux d’éducation et que l’éducation et la culture sont le premier chantier du projet d’Emmanuel Macron que je vais voter pour lui.

Parce que les enfants méritent mieux que des mesures qui visent à supprimer la diversité des langues et à enseigner le français 60 % du temps de classe, comme si cela avait du sens, comme si l’on n’enseignait pas le français avec les arts et la culture, avec les sciences, avec l’histoire, avec la géographie, avec l’éducation morale et civique.

Parce que les enfants méritent mieux qu’une école aux méthodologies dépassées, que d’être assis en rang d’autobus un uniforme sur le dos avec un maître qui annone une histoire coloniale réinventée.

Parce que l’égalité des chances, ce n’est pas l’égalité des moyens mais l’équité et donc, parfois, la discrimination positive.

Je crois fermement aux mesures qui visent à donner plus de chances aux enfants les plus fragiles, ceux qui sont dans des réseaux d’éducation prioritaire, en particulier au moment crucial de l’apprentissage de la lecture. Je pense qu’il est essentiel de faire confiance aux enseignants qui connaissent bien leurs élèves et savent différencier les réponses pédagogiques et qu’il faut leur en donner les moyens. Je pense qu’il faut les laisser expérimenter, innover, échanger, se former et les remettre au cœur du système éducatif. En somme désacraliser l’institution au profit des apprentissages.

Et parce que les enseignants travaillent par vocation et non de façon sacerdotale, je pense aussi qu’il faut rémunérer justement les enseignants qui s’engagent dans les écoles où se concentrent les difficultés et éviter d’y placer des enseignants débutants qui entrent alors dans le métier comme on prend une douche froide.

Je trouve judicieux de mettre à contribution les étudiants en médecine pour réaliser des diagnostics systématiques dans les classes afin qu’il n’y ait plus d’enfants dont on ignore la myopie ou le trouble auditif, mesure qui va de pair avec le remboursement intégral des lunettes et des prothèses auditives.

Et pour revenir au cas spécifique de cet enfant de 21 ans qui n’a pas trouvé sa place, qui signe les procès-verbaux comme un enfant de CP, à qui la société n’a pas su apporter le tuteur contre lequel il aurait pu grandir et qui a dévasté notre école en y déchargeant sa colère et sa frustration, je ne sais pas ce qu’il faudrait faire mais je doute que la réponse immédiate apportée par la société soit efficace sinon à être très bien accompagnée (http://www.ouest-france.fr/bretagne/tinteniac-35190/vandalisme-tinteniac-deux-hommes-condamnes-des-peines-de-prison-4951059 ).

En revanche, ce que je sais c’est que d’accueillir pour quelques temps des enfants  en situation de précarité dans des familles qui ne le sont pas, comme le propose le secours populaire, permet de donner quelques repères, de l’attention et de la considération qui sont essentiels dans la construction d’un individu. Cela n’a peut-être jamais été le cas de l’auteur des faits. Je sais aussi que le FN, dans les villes dont ils ont la charge, ferme les locaux du secours populaire en raison de l’accueil sans distinction de personnes porteuses de papiers estampillés ou non (http://www.lemonde.fr/politique/article/2016/09/30/a-hayange-le-maire-front-national-veut-expulser-le-secours-populaire_5005825_823448.html).

En enfin, je suis persuadée que la meilleure façon de donner une chance de s’affranchir de la précarité c’est de donner accès à la culture et les premières victimes des mesures de rétorsion financière dans les villes FN sont bien les associations culturelles locales.

Voter FN ou s’abstenir, ce serait condamner nombre d’initiatives culturelles qui permettent de s’émanciper et pour reprendre les mots d’Emmanuel Macron, ce serait assigner à résidence les enfants les plus précaires et multiplier les raisons de la colère.

Je suis maîtresse d’école en zone rurale et j’aime mon métier, je crois à l’égalité des chances, je crois l’émancipation par la culture, j’ai foi dans l’école républicaine et du plus profond de mes convictions, je vous appelle à aller voter le 7 mai et à voter pour Emmanuel Macron, contre l’obscurantisme et pour que l’école soit une chance pour tous. »

Nolwenn VAHÉ.

 

 

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