L’égalité femmes-hommes : cause nationale!

Emmanuel Macron a déclaré récemment vouloir faire de l’égalité femmes-homme une « cause nationale ». La semaine prochaine, de nombreuses actions seront organisées partout en France à l’occasion de la journée de la femme. À Rennes, notre comité En Marche organise le vendredi 10 mars un café citoyen sur le thème de l’égalité professionnelle.

Il reste un immense chemin à parcourir pour que l’égalité entre les femmes et les hommes devienne réalité. Ce combat concerne tous les domaines de l’existence, (la vie à la maison, dans la rue et au travail), tous les milieux (modestes et aisés), toutes les générations.
Il s’agit bien sûr d’un enjeu de justice. Mais l’égalité entre les femmes et les hommes va bien au-delà : elle détermine la vitalité de toute notre société. Désormais, il ne s’agit plus d’un combat principalement législatif : la loi a sanctuarisé les grands progrès des décennies et des années dernières. Aujourd’hui, le combat est culturel : il s’agit de changer la vie.

Etat des lieux: les obligations des entreprises

Il y a eu une succession de lois depuis la loi Roudy sur l’égalité professionnelle. Ces dernières années, les conditions ont été renforcées. S’il est interdit de discriminer dans toutes les entreprises, les obligations sont concentrées sur les entreprises de plus de 50 salariés : Les entreprises de plus de 50 salariés doivent réaliser trois actions pour être en conformité avec la loi :

  • Réaliser un diagnostic mettant en lumière les écarts qui existent entre la situation des femmes et des hommes à chapitre égalité professionnelle de la BDES
  • Établir un plan d’action à partir de ce diagnostic
  • Négocier un accord relatif à l’égalité professionnelle ou à défaut un plan d’action

Une fois, ces trois conditions remplies, elles doivent :

  • Réactualiser chaque année le diagnostic et le plan d’action dans le cadre de la négociation annuelle obligatoire (sauf accord majoritaire)
  • Renouveler la négociation tous les trois ans (sauf accord majoritaire)

Si ces conditions ne sont pas remplies, les entreprises de plus de 50 salariés ne peuvent pas soumissionner à des marchés publics, à des concessions de travaux publics, à des contrats de partenariats ni à des délégations de services publics.

Interview croisée d’Isabelle Gueguen et Marie-Odile Lhomme sur leur expérience et les premières propositions d’Emmanuel Macron sur le sujet de l’égalité femmes-hommes.

MP: Le Droit impose l’égalité entre les femmes et les hommes qu’en est-il réellement ? Quels sont les blocages? 

Isabelle– Il existe d’abord un véritable paradoxe : la plupart des jeunes femmes pensent que l’égalité entre les femmes et les hommes est acquise car elle est inscrite dans les lois de la République ! Or, le poids des stéréotypes, le poids de l’environnement social n’inscrit pas cette égalité dans les faits ! La bataille est maintenant culturelle.

Marie- Odile :  En réalité le poids des stéréotypes est souvent véhiculé par le milieu social et les représentations familiales, j’ai eu maintes l’occasion de le vérifier lors d’interventions en milieu scolaire ou auprès de jeunes professionnelles. Beaucoup d’entre elles s’identifient à des modèles, à des personnages féminins aux traits amplifiés. Elles ne se valorisent pas, alors, par les résultats scolaires, mais par le stéréotype : il faut être jolie et plaire. A cela on peut ajouter un certain déterminisme social en fonction des milieux ou des religions : « je serais une bonne mère avant  tout… »  » ce n’est pas un métier de femme »… »faire carrière n’est pas compatible avec une vie de famille » « je dois réussir ma vie de femme, d’épouse, de mère et être une professionnelle reconnue, c’est un challenge que la société ne m’aide pas à réussir, je vais devoir choisir ».

MP: Qu’est-ce que le féminisme aujourd’hui ? Le féminisme « MLF » est-il mort ? 

Isabelle–  Le féminisme n’est pas la guerre des sexes. Ce n’est pas les femmes contre les hommes mais agir pour qu’ils et elles aient les mêmes chances et la même place. On me demande souvent si je suis féministe, je réponds que tou.te.s les français.e.s le sont car l’égalité femmes hommes est inscrite dans l’article 1 de la constitution.  En France, le féminisme a été porté par des femmes intellectuelles et urbaines, issues de la bourgeoisie. Elles se sont mobilisés en premier lieu sur le droit de vote et le droit de disposer de son corps. Si toutes les femmes en ont bénéficié, la mobilisation n’a pas été aussi grande dans le monde du travail et les combats syndicaux. Ajoutez à cela que les égéries des droits des femmes semblaient un peu éloignées de la vie matérielle de la majorité des françaises et vous avez un désamour pour le féminisme.

Mais ces dernières années, c’est surtout dans le champ professionnel que des réseaux sont nés, que les femmes et les hommes se sont mobilisés pour l’égalité, notamment au niveau de l’entrepreneuriat et de l’accès des femmes aux postes à responsabilités.

Il reste cependant à penser et à garantir l’égalité pour toutes, pour les femmes cadres comme pour les ouvrières et les femmes issues de l’immigration à qui les femmes cadres délèguent leurs tâches domestiques.

MP: Que voulez- vous dire ?

Isabelle – Dans le domaine de l’égalité femmes hommes, on ne propose actuellement que deux modèles de réussite : celui de la femme cadre et celui de l’entrepreneure. Cela revient à nouveau à enfermer les femmes dans des schémas préétablis, dans des catégories dont elles auront du mal à sortir !  Il faut, au contraire valoriser la diversité des modèles et des parcours. Il faut les rendre visible mais aussi leur donner la parole et cesser de parler en leur nom . Un exemple : lorsque Emmanuel Macron a proposé l’ouverture des magasins le dimanche, nous avons entendu un argument qui a fait autorité chez les opposants dont des mouvements féministes : « qu’allait être le sort des caissières ! » Elles étaient toutes présentées comme des dominées, des victimes misérables d’un système économique prégnant. Or, si l’on regarde objectivement, il existe cinquante profils de caissières, avec des parcours et des motivations différentes ! Et elles se sont d’ailleurs positionnées contre cette vision réductrice !  On peut aussi parler des ouvrières dans l’agroalimentaire. Elles font le choix de vivre et de travailler sur leur territoire. Elles aiment leur travail et elles souffrent considérablement du regard réducteur et misérabiliste que l’on porte sur elles. Que savez-vous de leurs éclats de rires, de la solidarité au sein des équipes, ect…, ?

Marie-Odile En France, le féminisme est considéré comme fondamentalement laïc. Dans la réalité les femmes supportent une pression sociale  pouvant les cantonner dans un rôle souvent codifié par les dogmes religieux empêchant leur émancipation. Dans notre société diverse ethniquement et sociologiquement, la condition et la place des femmes connaît des différences majeures : toutes les femmes ne vivent pas la même réalité. Dans une société progressiste religions et féminisme ne doivent pas s’opposer. Pour y parvenir l’éducation des hommes et des femmes est fondamentale.

egalite-pro

MP: Existe-t-il toujours des contraintes qui empêchent les femmes de se réaliser pleinement ? Quelles conséquences, notamment pour l’entreprise ? 

Marie-Odile – Lorsque l’on travaille concrètement en entreprise sur la parité, ce qui a souvent été mon cas en tant que manager ou au sein d’un réseau féminin, on observe que les femmes mettent en place une forme d’auto- censure s’ interdisant, contrairement aux hommes, de reconnaître et « vendre » leurs  compétences. C’est là le résultat des contraintes : stéréotypes, environnement, non-respect des lois …dont nous parlions. La petite fille, puis l’adolescente, se construit encore souvent une image d’elle-même d’où l’estime et la confiance en soi sont singulièrement absentes .Adulte cela l’empêche d’exploiter pleinement  ses possibilités professionnelles  bien que les résultats en terme de formation scolaire ou permanente sont favorables aux filles.

Isabelle – Cela dit, le constat est moins important chez les agriculteurs ou dans les milieux où le travail des femmes a toujours été considéré comme équivalent à celui des hommes. Comme quoi il est surtout important pour une fille de se construire dans un milieu qui lui donne confiance et l’amène à se voir dans un véritable rapport d’égalité homme – femme. Et le rôle du père, et de la mère, dans cette construction, est essentiel.

MP: Ce qui ressort régulièrement, c’est l’image de femmes finalement assez résignées à l’inégalité salariale homme- femme. Que pouvez – vous dire à ce sujet ? 

Marie-Odile – Il faut établir une distinction entre le public et le privé. Dans la fonction publique, la rémunération est fonction de catégories et statuts liés à des concours. De ce fait, il y a moins de différence salariale entre les hommes et les femmes. La promotion est codifiée dans les textes, même si dans la haute fonction publique le plafond de verre existe comme dans le privé.
Dans le privé, la situation est différente :  les salaires, comme la progression de carrière reposent sur des critères souvent subjectifs en tout cas plus nombreux et divers en fonction des accords de branche, des conventions collectives et des accords d’entreprise. En matière salariale, ma propre expérience dans de grandes entreprises m’a prouvé que la loi était appliquée « en traînant les pieds » mais des opérations de rattrapage salarial en faveur des femmes ont bel et bien eu lieu ces dernières années. Le suivi dans le rapport social obligatoire permet aux Instances Représentatives du Personnel de travailler sur les disparités. Les TPE et les PME pèchent souvent par ignorance. Quant aux salariées, elles sont tellement heureuses d’avoir obtenu le poste qu’elles ont rarement envie de se battre pour  faire appliquer la parité des salaires. Il me semble aussi important de souligner les avantages de la mise en place d’une politique d’égalité pour l’entreprise :

  • Elargir le vivier de compétences
  • Consolider la réputation de l’entreprise
  • Développer la capacité de création et d’innovation de l’entreprise

Sur ce terrain le « name and shame  » est pour moi un levier efficace pour faire appliquer la loi dans les faits.Aujourd’hui quel est le risque pour une entreprise de ne pas se soumettre à l’égalité salariale? Vraiment pas grand.Si demain les entreprises sont officiellement scrutées sur  cette dimension et l’état des lieux largement communiqué, je suis prête à prendre le pari d’une normalisation rapide des pratiques.

Isabelle – L’inégalité salariale entre les femmes et les hommes est aussi lié au fait que les femmes sont en forte concurrence entre elles puisque 50% des femmes exercent sur dans douze familles de métiers ! L’offre est supérieure à la demande, cela est redoutable en termes de salaire ! C’est pourquoi la mixité dans les métiers est en enjeu ! Vous voulez aider vos filles, incitez-leur à aller vers des métiers peu féminisés et surtout parlez leur d’argent !! Quand j’ai des entretiens avec les femmes et que je leur demande si elles ont bénéficié d’une augmentation récemment, elles me disent souvent non mais aussi qu’elles n’ont rien demandé. Au niveau structurel, il faudrait aussi revoir la classification des métiers. Les femmes sont souvent plus diplômées que les hommes mais sur des fonctions supports. Ce ne sont pas les fonctions nobles dans une entreprise. Pourtant aujourd’hui, deux jours sans ses fonctions support (logistique, achat, qualité, RH, communciation, …) et une entreprise est paralysée.

egalite-sphere-privee

MP: La femme subit également une forme de dualité permanente entre la gestion de sa vie professionnelle et personnelle ? 

Isabelle : Plusieurs fois, des femmes m’ont dit avoir refusé une promotion. Pour les plus qualifiées, elles estimaient que les enfants étaient encore trop jeunes et que leur conjoint ne pourrait pas se rendre plus disponible. Pour les moins qualifiées, elles estimaient que la promotion supposerait plus de présence, plus de contraintes avec en contrepartie une augmentation financière trop minime. Elles pèsent le pour et le contre, ont-elles tort ?  On estime que le travail domestique représente un mi temps dans la vie des femmes. Le partage des tâches reste timide et surtout quand il y a plusieurs enfants. C’est pourquoi, je trouve très pertinent qu’Emmanuel Macron parle de temps de travail qui pourrait augmenter ou diminuer selon les périodes de sa vie et cela tant pour les femmes que pour les hommes.

Marie-Odile: Au final, le manque de confiance en soi, liée aux stéréotypes, aux environnements qu’elles traversent pour se construire, les charges supplémentaires de travail, amènent aussi les femmes à privilégier certains métiers plutôt que d’autres, à ne pas privilégier certains postes pour en éviter les codes et les contraintes : réunions tardives, connexion permanente aux outils de communication etc. Enfin, dans notre société vivant une profonde transformation des modes de travail, il est fondamental d’aménager et organiser le temps de travail pour permettre l’équilibre des temps de vie cela concerne les femmes et les hommes.

egalite-lutte-harcelement

MP: Les violences faites aux femmes sont-elles de plus en plus nombreuses ? Quelles sont les solutions ?

Marie-Odile – Harcèlement et violences sont de plus en plus connues et médiatisées, les statistiques m’effraient, je mesure tous les jours la chance de ne pas être concernée. Mais je le suis comme chacune de nous. Il faut une communication officielle massive pour sensibiliser la société, une formation des acteurs de la sécurité sur ces sujets et des mesures simples et rapides de sauvegarde au sens premier du terme.

Isabelle :  On en parle davantage, elles deviennent publiques, elles sortent de la sphère privée, les femmes osent de plus en plus porter plainte et les langues aussi se délient peu à peu dans le monde de l’entreprise. Mais le chemin à parcourir reste long à en croire les jeunes femmes qui subissent dans la rue ou les transports, sifflements, insultes, agression. A en croire aussi, ce que les femmes doivent subir dans le milieu politique.

visuel-1

MP : Et en politique,  quelle place pour les femmes et la parité?

Marie-Odile -Accélérons ! La France 5ème puissance mondiale est à la traîne , nous nous privons de tellement de talents et d’énergie !J’ai trouvé dans le mouvement En Marche une réponse à mes attentes.

Isabelle – La politique c’est le pouvoir et il semble difficile à partager… J’ai connu deux types de leaders politiques : celui qui a peur qu’on lui fasse de l’ombre et qui du coup s’entoure d’une petite cour de valets et servantes peu performant.e.s. Il y a aussi celui qui sait où il va et qui a besoin de compétences pour y arriver. Cet élu est allé chercher des femmes dans la société civile qui sont aujourd’hui députées et sénatrices. C’est ce que fait Emmanuel Macron. Son appel en direction des femmes pour qu’elles fassent acte de candidature c’est bien mais il faut aussi de la cooptation. Je propose un challenge à tous les élus hommes qui vont rejoindre Emmanuel Macron durant les prochaines semaines : qu’ils s’engagent à faire entrer et à accompagner une femme en politique qui éventuellement leur succédera.  On fera l’inverse la fois d’après, promis !!

Les enjeux de l’égalité femmes hommes sont nombreux en terme de justice sociale et de responsabilité sociale, de démographie et de sociologie enfin de performance économique et commerciale.En Marche a annoncé les premières mesures indispensables. Continuons !

Biographies

photo-isa-gueguen
Isabelle Gueguen
« J’ai 49 ans, je suis originaire du Centre Bretagne, territoire auquel je suis très attachée. Je suis fille d’agriculteurs, bénéficiaire de l’ascenseur social aujourd’hui en panne. Rennaise depuis  moins  d’un an, je codirige depuis 11 ans un cabinet coopératif spécialiste de l’égalité femmes hommes. On forme, accompagne et on réalise des études dans deux champs : l’égalité professionnelle et la prise en compte de l’égalité femmes hommes dans les politiques publiques et les projets. Mon associée est à Brest mais on intervient sur toute la France. Avant de créer cette entreprise, j’ai été chargée de mission « égalité femmes/hommes » dans un département où je coordonnais un projet européen qui a permis d’expérimenter du conseil en égalité mais aussi une plate forme d’appui à l’entrepreneuriat des femmes. j’ai aussi travaillé 10 ans dans une ONG française agricole qui travaille sur l’appui à l’organisation agricole. j’ai conduit plusieurs missions au Mali et à Madagascar. J’ai aussi été Conseillère municipale et communautaire, déléguée à l’égalité femmes hommes à Quimper de 2008 à 2014 et j’ai été fondatrice  et membre d’Ell’en  Cornouaille,  réseau  de  femmes  cadres  à  Quimper. « 
photo
Marie-Odile Lhomme
« A 60 ans , j’ai construit un parcours professionnel passionnant en France et à l’étranger dans les technologies de la communication et de l’information, univers à dominante masculine où j’ai dû à chaque étape faire deux fois mes preuves en tant que professionnelle et en tant que femme.Tout au long de ce parcours je me suis constamment engagée de manière pragmatique et concrète au service de la diversité et de la parité femmes-hommes dans mon rôle de manager,  en contribuant à divers réseaux féminins ou bien au travers de programmes réunissants de grandes  entreprises françaises et l’Education Nationale destinés à promouvoir l’égalité des chances au féminin.J’ai notamment participé à la création de StrongHer le réseau d’Alcatel-Lucent, aujourd’hui Nokia, créé pour que les femmes libèrent leur passion et leur talent et amplifient leur contribution à l’entreprise.J’ai animé au niveau de la région Bretagne le  programme Capital Filles destiné aux jeunes filles de seconde, première ou terminale en filière générale, technologique et professionnelle pour les ouvrir aux secteurs d’activité et aux métiers d’avenir des filières scientifiques et technologiques qui ont besoin de tous les talents, pas seulement de talents masculins. Lisant Emmanuel Macron dans Révolution parlant  de sa grand-mère enseignante « venant du même milieu que ses éléves filles d’artisans ou d’agriculteurs de Picardie.Elle les conduisait par les étapes qu’elle avait connue et leur ouvrait la porte de la connaissance, du beau peut-être de l’infini » , j’ai compris que cette conception de la place des femmes faisait partie de ce qu’il est,  profondément.J’ai retrouvé dans le premier des domaines prioritaires du programme -l’éducation et la formation de tous-ce que je sais être la voie de l’émancipation personnelle et sociale des femmes sans distinction d’origine, de milieu social ou de religion.Nous avons besoin d’une vision émancipatrice traduite en actes porteurs d’égalité et de liberté.Le mouvement En Marche a autant de déléguées nationales femmes que de délégués nationaux hommes, nous avons instauré la parité réelle dans les candidatures pour les éléctions législatives de juin 2017 .Continuons ! »

Interview réalisée par Michèle Wagner-Pradier. 

Plus d’info sur le programme d’Emmanuel Macron en matière d’égalité: https://en-marche.fr/emmanuel-macron/le-programme/%C3%A9galit%C3%A9-hommes-et-femmes 

Publicités